Communiqué - Etat d'urgence économique pour les indépendants

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Indépendants.co salue les dernières annonces du Gouvernement et maintient sa demande d’ouverture du Fonds de Solidarité à tous, sans critère sectoriel ou géographique

Le 15 octobre, Bruno Le Maire a annoncé l’ouverture du fonds de solidarité à tous les secteurs pour les entreprises de moins de 50 salariés situées en zone de couvre-feu, sous réserve d’une perte d’au moins 50% du chiffre d'affaires. Un million et demi d’indépendants étant toujours exclus du fonds, Indépendants.co renouvelle sa demande : le fonds de solidarité doit être ouvert à tous les travailleurs non-salariés avec la baisse de l’activité pour seul critère et la rétroactivité de la mesure au 1er juillet.

Indépendants.co ne peut que se réjouir de l’attention enfin portée aux travailleurs non-salariés. Des mentions appuyées d’Emmanuel Macron, à la mise en place d’un « filet de sécurité » annoncée par Bruno Le Maire, force est de constater que le Gouvernement continue d’avancer vers une reconnaissance de la situation dans laquelle se trouvent ces hommes et ces femmes que la crise empêche de travailler normalement. Il reste cependant un pas important à franchir en actant la mise en place de mesures de solidarité et de soutien à la relance généralisées. Qu’ils soient sectoriels, géographiques ou économiques (avec la limite de bénéfices fixée arbitrairement à 60 000€ en 2019), ces critères ne permettent pas d’appréhender la situation économique d’une « très très petite » entreprise à un instant T. Seule la chute du chiffre d’affaires doit être prise en compte dans la décision d’attribuer ou non un soutien économique à une entreprise.

« Nous reconnaissons au Gouvernement d’avoir pris des mesures économiques en même temps que les mesures sanitaires. Cela contribue grandement à donner de la visibilité aux entrepreneurs. Mais notre économie est interconnectée à l’échelle du territoire, les conséquences du durcissement des mesures sanitaires sont généralisées. On parle beaucoup des restaurateurs, c’est normal, ils sont durement touchés. Mais il faut aussi tenir compte de tous les autres. Des indépendants exerçant des métiers aussi variés que la livraison, la formation, le conseil, la vente sur les marchés, la coiffure à domicile…, environ 1,5 million de Français en tout, sont oubliés parce qu’ils sont invisibles aujourd’hui. Les mesures annoncées apportent un peu d’oxygène pour certains, mais tous restent en attente de solutions pérennes. Nous tenons à rappeler qu’ils existent et qu’ils ont besoin d’être inclus dans la solidarité nationale. » commente Hind Elidrissi, co-fondatrice et porte-parole d’indépendants.co.

Indépendants.co renouvelle donc sa demande d’une mesure d’urgence : la réouverture du fonds de solidarité à partir de 50% de perte de chiffre d’affaires à tous les secteurs et l’abandon définitif des critères sectoriels, géographiques et de bénéfices. Cette mesure devra être rétroactive au 1er juillet, les indépendants exclus du fonds depuis cette date ayant, pour la plupart, dû faire face à des mois de juillet et d’août particulièrement « creux » en termes de chiffre d’affaires.

« Le critère de 70% de perte, qui était de 80% jusqu’à il y a encore peu de temps, ne concerne que certaines listes et est inutilement punitif. Il n’y a pas de hiérarchie à faire entre les situations, avoir perdu 50% de son CA est déjà énorme. C’est la même chose pour le critère des 60 000€ de bénéfices. Déjà parce qu’il s’agit des sommes gagnées l’année dernière et avec l’installation de la crise de dans la durée, les réserves de trésorerie s’épuisent. Ensuite parce que cette somme correspond à une rémunération mensuelle d’environ 2500€, soit environ le salaire moyen en France (2300€). On n’est pas riche avec une telle rémunération, en tout cas pas suffisamment pour survivre pendant 8 à 12 mois sur ses seules économies. » détaille Hind Elidrissi.

Les situations personnelles se tendent et le climat social se dégrade
Le syndicat tient une nouvelle fois à alerter sur la dégradation du moral des indépendants. Ils et elles arrivent au bout de leur trésorerie et parviennent de moins en moins facilement à s’en sortir. Comme tous les Français, ils ont des frais, des familles, et le choc économique que nous subissons en précipite beaucoup vers une précarité accrue.

De plus, l’absence de considération perçue par ces derniers contribue à alimenter un climat social déjà tendu en France Si indépendants.co peut se féliciter d’avoir fait bouger les lignes en obtenant un premier élargissement des listes S1, S1bis et S2, puis un second dans le cadre du couvre-feu, la situation n’est toujours pas satisfaisante pour le syndicat, qui va continuer sa mobilisation.

Indépendants.co promet donc de rester vigilant sur les modalités d’application des dispositifs annoncés ces derniers jours et de poursuivre son travail d’alerte sur la situation économique et sociale des travailleurs indépendants.

Poser les bases d’une sortie de crise par le haut
Avec l’amplification des mesures sanitaires, la réduction du pouvoir (ou du “vouloir”) d’achat des ménages, les destructions annoncées d’emplois et le “mur de dettes” qui se rapproche des TPE et PME, notre contexte économique se durcit à grande vitesse. Dans ce contexte, la création d’un filet de sécurité pour les entrepreneur.e.s est indispensable. Pour indépendants.co, cela permettrait d’abord d’éviter une destruction de richesses, matérielles et humaines, qui accélèrerait la contraction économique à laquelle nous faisons face. Ensuite, le syndicat avance qu’une politique volontariste à destination des travailleurs non-salariés faciliterait la re-création d’emplois, absorbant ainsi une partie de la vague de chômage qui s’annonce. Notons d’ailleurs à ce titre que les créations d’entreprises (notamment via le dispositif le plus accessible, mais aussi le plus fragile, qu’est la micro-entreprise) sont en hausse rapide depuis août 2020, signe que de nombreux Français cherchent aujourd’hui à créer leur propre métier pour sortir de la crise par le haut.

Investir dans la survie des entrepreneurs est donc une politique économique et sociale cohérente avec les ambitions du Gouvernement, telles qu’il les a présentées dans son plan France Relance. Avec une ouverture à tous du fonds de relance, c’est le pouvoir d’achat des travailleurs non-salariés qui serait maintenu, tout en évitant la destruction de compétences et d'emplois. En même temps, cette mesure favoriserait une politique de l’offre, en mettant à disposition des ménages et entreprises une offre de produits et services flexible et locale. Pour indépendants.co, l’entrepreneuriat et l’indépendance sont des leviers de réponse à la crise qu’il convient d’encourager.

Un filet de sécurité minimal pour tous les entrepreneurs pris actuellement dans la crise serait de ce point de vue un nouveau pas dans la bonne direction de la part du Gouvernement, qui devra s’appuyer par la suite par des réflexions approfondies sur la place des indépendants dans la relance - et plus largement notre pacte social.